L-DIH Crossborder Tour 2026: un bilan positif
L’initiative du Luxembourg Digital Innovation Hub a emmené une délégation forte d’une quinzaine d’entreprises sur le campus Nano-Innov de Saclay et au salon Global Industries. Deux jours riches en enseignements.
Jean-Michel Gaudron
À l‘initiative du Luxembourg Digital Innovation Hub (L-DIH), une délégation d’une quinzaine d’industriels luxembourgeois a participé à l’édition 2026 du L-DIH Crossborder Tour, qui a plongé le groupe dans une immersion exclusive et structurée au cœur de l’innovation européenne.
Ces deux journées avaient pour objectif de connecter les participants aux meilleures pratiques européennes et de leur donner les clés pour affiner leur stratégie digitale. Ils ont pu bénéficier d’une meilleure compréhension des dispositifs européens de soutien à l’innovation pour découvrir comment tester, évaluer et intégrer des solutions technologiques adaptées à leurs besoins.
«Conscients que les PME, prises par une activité dense, manquent de temps, le L-DIH profite d'événements comme Global Industrie pour 'faire connaître' les innovations pertinentes pour elles», explique Mickael Desloges, Senior Advisor ‑ Assessments & Roadmaps chez Luxinnovation. «Par la suite, nous concrétisons le 'faire savoir' en les guidant vers les différents mécanismes d'aides nationaux ou européens pour que cette prise de conscience se transforme en un véritable savoir-faire applicable à leur industrie».
«Cette initiative a été une réussite sur deux piliers», ajoute Prune Gautier, chercheur au Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST). «D’abord, l’intérêt majeur des acteurs luxembourgeois concernant les réels enjeux de l’IA dans leur travail quotidien, la visite au CEA leur ayant permis de trouver des enjeux réels et des cas d’usage à valeur ajoutée, au-delà du buzz actuel autour de l’IA. Ensuite et surtout, une réelle communion autour de certains sujets sur lesquels les participants ont pu échanger et se bénéficier d’un regard extérieur pour avancer sur leur problématique interne. Si les participants ne sont pas repartis avec des formules magiques prêtes à l’emploi, ils ont certainement, grâce aux stands visités et grâce aux échanges avec leurs pairs, trouvé des pistes sérieuses d’amélioration.»
L’Ambassade du Grand-Duché de Luxembourg à Paris a été impliquée dans l’organisation de ce L-DIH Cross-Border Tour Paris 2026. «Cela illustre pleinement le rôle que nous pouvons jouer dans l’accompagnement des entreprises luxembourgeoises sur le marché français», explique Marie Desprez, Attachée économique et commerciale à l'Ambassade du Grand-Duché de Luxembourg à Paris. «Cela se fait en les aidant à développer leur visibilité et leurs opportunités d’exportation, en facilitant la mise en relation avec des entreprises, partenaires ou acteurs institutionnels français stratégiques, mais aussi, lorsque cela s’avère nécessaire, en les orientant ou en les soutenant face à certaines difficultés administratives rencontrées dans leur développement en France. Nous contribuons ainsi à créer des passerelles concrètes entre les différents cercles de l’écosystème luxembourgeois présents en France, qu’ils relèvent de l’innovation, de l’industrie ou du réseau d’affaires.»
AI-Matters: démocratiser l’accès aux infrastructures de tests
Le Crossborder Tour a débuté dans les locaux du CEA-list, à Paris-Saclay, l’un des deux instituts de la direction de la Recherche technologique du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives. Il emploie un millier de personnes, dont près de 15% de doctorants.
La présentation de la Testing and Experimentation Facility (TEF) du réseau européen AI-Matters, dédié à la résilience et à la flexibilité du secteur manufacturier, a constitué le premier moment fort de cette visite. Ces TEFs s’articulent en installations fournissant expertise et équipements de pointe en accès subventionné pour les PMEs.
AI Matters (pour AI in ManufActuring TesTing and ExpeRimentation facilities for European SMEs) est une initiative européenne financé par la Commission européenne et les États membres visant à démocratiser l’accès aux infrastructures de tests et d’expérimentations technologiques en s’appuyant sur un réseau de confiance: les acteurs du transfert de technologie (RTO).
«L’idée est de renforcer le positionnement et le leadership de l'Europe dans l'adoption de systèmes d’IA centrés sur l'humain, permettant à la robotique et à d'autres technologies avancées de transformer radicalement le système manufacturier européen» a expliqué Carmen Avellaner de Santos, EU Project Manager AI-Matters au CEA-list.
Cette initiative s’inscrit dans la même logique que le service «Build & Test» proposé par la Luxembourg AI Factory à destination des entreprises luxembourgeoises. Cet écosystème intégré est conçu pour accélérer l'adoption de l'intelligence artificielle dans les entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur d'activité. Sa mission: accompagner les startups, les PME et les grandes entreprises à chaque étape de leur parcours IA, de la sensibilisation initiale jusqu'au déploiement en production.
Coordonnée par LuxProvide et portée par un consortium de cinq membres (LuxProvide, Luxinnovation, le Luxembourg National Data Service (LNDS), l'Université du Luxembourg et le Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST)), la Luxembourg AI Factory dispose d’une infrastructure souveraine, qui s’appuie sur le supercalculateur MeluXina, et propose un accompagnement expert de bout en bout: évaluation de maturité IA, conception de feuille de route, préparation des données, développement de preuves de concept, conformité à l'AI Act européen et accès à des financements nationaux et européens.
«La Luxembourg AI Factory représente un avantage compétitif concret pour les entreprises, en leur donnant accès à un réseau d'experts IA accrédités, des environnements de test réglementaires (sandboxing) conformes au cadre juridique européen et un accompagnement pour identifier les opportunités de financement», indique M. Desloges.
Technologies numériques pour l’industrie
La visite a continué avec la plateforme PRISM d’innovation dédiée aux technologies numériques pour l’industrie. Elle abrite des infrastructures centrées sur l’inspection digitale (SPRING), la continuité numérique de la fabrication additive (PRISMA) et la robotique intelligente interactive (R2I), basées sur l’utilisation de jumeaux numériques.
Cela permet, par exemple, de travailler sur l’amélioration des postes de travail, la planification et le suivi de processus, la configuration d'un banc d'essai pour le désassemblage automatique ou encore l’utilisation d'algorithmes d'IA pour l’aide à la décision.
Le Factory Additive Hub, le temple de l'impression 3D au niveau industriel, a permis de voir comment un processus de fabrication via un plasma et un arc électrique permet de remodeler en profondeur les schémas de production. Il permet d’ouvrir la voie à de nouvelles géométries, des matériaux et des structures plus légers et une fonctionnalisation plus avancée. Il en découle des produits personnalisés, une logistique plus efficace et une performance globale accrue des usines.
Global Industrie, le plus grand événement industriel de France
Le second jour du L-DIH Crossborder Tour a été consacré à la visite du salon Global Industrie, le plus important rassemblement de professionnels de l’industrie organisé en France. Il a réuni, pendant une semaine, plus de 2.500 exposants et 60.000 professionnels.
Articulé en 14 univers, il a permis de refléter la diversité et la richesse du tissu industriel: de la fabrication additive à la robotique, en passant par l’électronique, la mécatronique, les matériaux innovants ou l’environnement productif. Chaque univers sectoriel présenté a permis de bénéficier d’une vision à 360° de l’écosystème.
L’entrepôt connecté, conçu en partenariat avec Proxinnov, a notamment fait l’objet d’une visite en profondeur, à la découverte d’un ensemble de technologies (robots mobiles autonomes (AMR), cobots, systèmes de vision industrielle, convoyeurs de dernière génération, solutions ergonomiques…) qui incarnent déjà le futur de la logistique et des opérations de manutention.
Les acteurs luxembourgeois présents à Global industrie
- La gamification de la supervision industrielle est le terrain de jeu de la société WorkInov, par ailleurs membre du Business Club France-Luxembourg, qui vise à susciter des partenariats entre décideurs français et luxembourgeois et à contribuer à une meilleure connaissance réciproque des forces et moyens mis à la disposition des différents acteurs économiques. La société a présenté, au cœur de Global Industries, son poste de pilotage en mode « gamer » pour le contrôle et le suivi des coulées continues au sein de l’aciérie d’ArcelorMittal à Belval. «Cet outil correspond au mode de pensée et de fonctionnement des jeunes générations ‘digital native’. C’est un très bon moyen de capter leur intérêt et d’attirer et fidéliser les futurs opérateurs parmi cette nouvelle génération», a expliqué Philippe Guilloteau, sachant que, selon le World Economic Forum, 75% de la force de travail mondiale sont désormais composés de "Millennials" et de "Gen Z".
- Pour la quatrième fois depuis 2010, la société Antelis Steel a participé au salon Global Industrie. Basée à Leudelange (Luxembourg), l’entreprise est spécialisée dans le négoce de produits sidérurgiques, notamment les plaques en acier de fortes épaisseurs et les produits plats. « Ce type de salon reste essentiel pour notre image et notre développement commercial. Il nous permet de rencontrer en quelques jours l’ensemble de notre écosystème — clients, fournisseurs et prospects — ce qui nécessiterait plusieurs mois en dehors d’un tel événement », explique Emmanuel Ninin, administrateur-délégué de la société.
- Spécialisée depuis plus de 60 ans dans la fabrication de caisses pliantes en contreplaqué et en acier à destination de l’industrie, No-Nail Boxes, basée à Wiltz, considère le salon Global Industrie comme un rendez‑vous incontournable. « C’est une occasion unique de pouvoir rencontrer, en un seul lieu, un large éventail d’acteurs du secteur », explique Antoine Dufays, conseiller technique chez No-Nail Boxes. « Le salon offre une visibilité importante et permet surtout d’initier des relations professionnelles durables. On ne signe pas nécessairement des contrats immédiatement, mais ce type d’événement s’inscrit dans une stratégie de développement à long terme, dont le retour sur investissement se mesure dans le temps.»
L-DIH Crossborder Tour: témoignages
Deux journées vraiment constructives. J’ai beaucoup appris sur le potentiel du CEA avec qui il serait possible d’envisager une collaboration sur différentes thématiques. Cette initiative était très intéressante pour nous, car elle permet de rester au courant de tout ce qui se passe autour de nous et d’essayer de vraiment capturer et d'utiliser tout ce savoir-faire pour avancer sur nos problématiques industrielles. Idriss Laanaite, Mondo Industries
J’ai découvert beaucoup de possibilités d'automatiser et de digitaliser les process de notre entreprise, qui sont encore très manuels. L'automatisation avec programmation d’intelligence artificielle, c’est clairement l'avenir, surtout si nous voulons rester compétitifs avec les gros compétiteurs. Roland Munhowen, Moutarderie de Luxembourg
La visite du CEA m’a permis de mieux comprendre vers où s'oriente l'utilisation de l'IA dans l'industrie aujourd’hui, avec des perspectives plutôt à moyen et long termes. Le salon Global Industries m’a permis de nouer des contacts précis et pertinents avec des fournisseurs de solutions en matière de gestion du personnel, automatisation ou encore planification de production. Nous allons maintenant organiser tous les meetings de suivi dans les prochaines semaines. Sébastien Herbelot, Luxlait
La visite du CEA nous a permis de découvrir plein de thématiques qui nous concernent directement en interne, comme les contrôles non-destructifs. Cela ouvre des possibilités de collaboration. Lors du salon Global Industries, nous avons pu aborder des projets comme l'automatisation ou les robots autonomes. Nous avons reçu des propositions commerciales intéressantes qui pourraient nous permettre de tester pour valider un concept avant d'investir. Ihsan Goksu, Amer-SIL
Plus que les découvertes, ce que je retiens de ces deux jours, ce sont les idées. Celles que nous pourrions appliquer rapidement tout en conservant nos systèmes actuels, ou bien en venant y greffer des outils. Je pense par exemple à des caméras de contrôle et de supervision pour détecter des défauts. Les échanges que nous avons eus ont répondu à nos attentes. Astrid Marson, Accumalux
Je peux résumer cette initiative en deux mots: innovation et relationnel. Nous avons vu plein de choses qui montrent que l'innovation est vraiment en mouvement vers l’avant. Mais j’ai pu aussi constater que, contrairement à ce qu’on dit au Luxembourg, tout le monde ne connaît pas tout le monde! J’ai pu faire de belles rencontres, amicales et professionnelles, avec lesquelles il a été possible d’échanger sur plein de thèmes variés. J’ai vu un peu de quoi Luxembourg est capable et de quoi sont capables toutes ces personnes. Vladimir Nickels, Artec Europe